Aller au contenu principal

Abdul Majid a pris le risque de désamorcer lui-même une mine

Mines et autres armes Réadaptation
Syrie

Abdul a été blessé par une mine qu'il tentait de désamorcer lui-même. Son histoire montre à quel point les gens sont prêts à tout pour que leurs terres soient déminées

Abdul Ma

Abdul Majid chez lui avec sa famille | © Noor Bimbashi / HI

À notre retour à la maison, les enfants se sont aussitôt remis à courir dehors. Après avoir vécu pendant des années isolés dans des camps, ils se sentaient enfin libres. Ils jouaient parmi les maisons en ruines, les chemins de terre et les champs vides qui nous étaient familiers avant la guerre.

Nous pension que le vrai danger était derrière nous

Les gens n’arrêtaient pas de dire que la zone était encore contaminée par des engins explosifs, mais après avoir survécu aux missiles, aux roquettes et à des années de déplacement, nous voulions croire que le pire était derrière nous.

Un matin, j’ai appris qu’il y avait encore des mines et des restes de bombes près du village où les familles avaient commencé à revenir. J’ai donc décidé de me rendre sur place pour voir si je pouvais aider à les retirer. Je n’avais reçu aucune formation. Je ne savais pas ce que je faisais.

Personne ne m'a rejoint, mais je me suis dit que les gens d'ici ne pouvaient pas attendre indéfiniment qu'on vienne à leur secours alors qu'ils vivaient au milieu du danger.

J'ai essayé de désamorcer moi-même l'une de ces mines antipersonnel. Je ne me souviens de rien, sauf de m'être réveillé à l'hôpital. Ma jambe droite avait été amputée et mon autre jambe était gravement fracturée.

Comment se reconstruire après un tel accident

J’ai 30 ans et je me suis marié récemment. Avant que cela n’arrive, ma femme et moi parlions souvent de nous construire une vie simple après toutes ces années perdues loin de chez nous. Nous parlions d’enfants, de travail et, enfin, de vivre sans peur.

Aujourd’hui, je passe la plupart de mon temps à penser à la façon dont je vais pouvoir remarcher.

Les médecins m’ont dit que j’avais besoin d’une prothèse, et c’est désormais mon rêve le plus cher — mais c’est très cher ; cela peut coûter jusqu’à 1 200 euros. Je me suis inscrit sur la liste d’attente, et j’espère que quelqu’un pourra m’aider à obtenir une.

Parfois, j'ai honte d'avouer que mon plus grand rêve aujourd'hui est simplement de pouvoir à nouveau me tenir debout sur mes deux pieds.

Le choc m’empêche de dormir

Ce qui me marque le plus, c'est le sentiment que nous sommes rentrés trop tôt, ou peut-être que personne n'avait vraiment compris à quel point ces régions sont encore dangereuses.

Nous avons échappé à la guerre pendant des années, mais quand nous sommes rentrés chez nous, la guerre était toujours là — sous terre, à nous attendre.

La nuit, je n'arrive pas à dormir correctement. Je ne cesse de repasser ce moment dans ma tête et de me demander ce qui se serait passé si un enfant l'avait trouvé avant moi. Parfois, c'est cette seule pensée qui m'apporte un peu de réconfort.

 

Nos actions par pays

RELATIONS PRESSE

CANADA

Alexandra Buskie

Aidez-les
concrètement

Pour aller plus loin

Anéantie par son amputation, Nesma remarche. Sa vie recommence
© HI
Mines et autres armes Réadaptation

Anéantie par son amputation, Nesma remarche. Sa vie recommence

Nesma fait partie des milliers de personnes à Gaza blessées et mutilées par un bombardement. Se rétablir, réapprendre à marcher, repenser sa vie est un long processus. HI est à leurs côtés.

L’interdiction des armes à sous-munitions doit rester solide
© HI
Mines et autres armes

L’interdiction des armes à sous-munitions doit rester solide

La Conférence sur les armes à sous-munitions s’est achevée le 18 septembre à Vientiane, au Laos. HI salue la réaffirmation de la Convention, mais aurait souhaité des positions plus ambitieuses.

Au Yémen, les mines rendent les gens encore plus pauvres
© HI
Mines et autres armes Réadaptation

Au Yémen, les mines rendent les gens encore plus pauvres

Essam, rescapé d’une mine, vient de recevoir une prothèse. Son histoire montre que les mines tuent, mutilent et appauvrissent leurs victimes.