L’école pour toutes : le parcours d’inclusion de Rogette, écolière malentendante
À douze ans, Rogette est une jeune fille timide et attachante. Elle vit aujourd’hui à Ziguinchor pour pouvoir étudier dans une école spéciale qui accueille des enfants sourds.
Rogette Coly (à gauche) et ses amies à l’école El Hadj Omar Ndiaye de Ziguinchor, Sénégal. Toutes les trois sont malentendantes et s’expriment en langue des signes. | © M. Moreiras / HI
Le Sénégal s’est engagé sur la voie de l’éducation pour tous et toutes. Afin d’accompagner cette dynamique, HI soutient depuis 2016 la mise en place et le déploiement d’auxiliaires de vie scolaires dans douze écoles de Dakar et de Ziguinchor. Elles accompagnent individuellement des élèves sourds et malentendants comme Rogette pour leur permettre d’étudier dans des conditions adaptées à leurs besoins.
Déménager pour pouvoir aller à l’école
Rogette Coly est née et a grandi à Effoc, une ville située à une cinquantaine de kilomètres de Ziguinchor, au sud du Sénégal. Dès les premiers mois, ses parents se rendent compte qu’elle avait des difficultés à entendre : la fillette est malentendante d’une oreille et sourde de l’autre. Pour communiquer avec elle, ses proches utilisent leur langue maternelle et la langue des signes locale.
À ses neuf ans, Rogette déménage pour venir habiter à Ziguinchor avec sa tante. En effet, ses parents, soucieux de lui offrir les meilleures chances d’avenir, ont tout mis en œuvre pour l’inscrire à l’école El Hadj Omar Ndiaye qui propose un accompagnement adapté aux enfants sourds et malentendants.
« Rogette est la fille de ma sœur. Elle vit avec moi depuis trois ans et je constate qu’elle progresse bien dans ses études. Ses enseignants me parlent de ses efforts et de ses très bons résultats, alors je l’encourage et je la félicite, » témoigne Sabine Coly, la tante de Rogette.
Accompagner individuellement les enfants sourds
Rogette est en classe de CM1. Grâce à son enseignante, elle a appris les bases de la langue des signes conventionnelle utilisée en classe. Pour consolider ces acquis et favoriser sa réussite scolaire, Rogette bénéficie également du soutien de Joséphine Malou, auxiliaire de vie scolaire recrutée à l’école El Hadj Omar Ndiaye grâce dans le cadre du projet d’éducation inclusive de HI. Joséphine apporte un appui individualisé à Rogette en facilitant la compréhension des leçons, la réalisation des exercices et sa participation aux activités de la classe ; c’est elle qui s’assurera que toutes les conditions sont réunies pour permettre à Rogette d’étudier. Elle explique :
« Mon métier consiste à favoriser l’épanouissement de l’enfant, que ce soit à l’école, dans la famille ou dans la société, pour qu’elle puisse s’intégrer. Il est essentiel que les enfants sourds aillent à l’école pour bénéficier des mêmes chances que les autres. J’aime ce métier car j’adore partager avec les enfants. Quand on est avec eux, ils nous racontent des histoires, on rigole, on échange et on oublie nos problèmes. »
Lors de leur première rencontre, Joséphine se concentre sur l’évaluation initiale des compétences et des besoins de Rogette : sait-elle signer, compter, tenir une conversation ? Quelle attitude a-t-elle en classe, comment s’entend-elle avec ses camarades ? Ces premiers échanges lui permettent d’adapter son accompagnement pour répondre au mieux aux besoins de la jeune fille.
L’école de la sociabilité
Aller à l’école et développer des liens avec d’autres enfants a aussi aidé Rogette à canaliser ses émotions et ses frustrations. « Au début, elle se mettait facilement en colère et entrait parfois en conflit avec ses camarades, » se souvient son enseignante. « Aujourd’hui, son comportement a beaucoup évolué. Elle est plus calme, participe davantage en classe et interagit plus sereinement avec les autres. »
« Depuis qu’elle a commencé l’école, Rogette parvient à mieux se concentrer. Elle est courageuse et très appliquée ; même quand elle est malade, elle insiste pour aller en classe. La plupart du temps, c’est une jeune fille joyeuse, qui adore rejoindre ses amies l’après-midi pour jouer avec elles. Nous nous entendons très bien toutes les deux, » sourit Sabine.
Rogette participe beaucoup en classe et a d’excellentes notes en mathématiques. Ses deux enseignantes sont fières d’elle et confiantes en l’avenir.
Pendant huit ans, le projet éducation inclusive de HI a mobilisé les associations de la société civile, les autorités éducatives et les points focaux des différentes directions du ministère de l’Éducation Nationale pour accompagner les enfants exclus du système éducatif au Sénégal, au Togo et à Madagascar. Il a permis la mise en place des auxiliaires de vie scolaires, des enseignants itinérants et des classes intégrées passerelles. Plus de 10 000 personnes ont bénéficié de ce programme, dont près de la moitié de filles. Le projet a permis la socialisation et l’autonomie des jeunes, à leur entourage de mieux comprendre leur handicap, mais aussi le renforcement des capacités des enseignants ainsi que l’adaptation des structures et des outils de formation. Il a enfin permis d’insuffler une vision : celle d’un système éducatif où personne n’est laissé de côté.