Aller au contenu principal

Les combats sont terminés. Les gens rentrent chez eux. Ils découvrent des champs de mines

Mines et autres armes Réadaptation Urgence
Syrie

Mahmoud a ramassé ce qu’il croyait être un jouet. C’était une grenade.

Deux personnes se trouvent à l’intérieur d’une pièce aux murs en béton brut. Une personne est assise au sol sur un tapis à motifs, légèrement tournée vers l’appareil photo, portant une veste sombre et un pantalon, avec un objet blanc tenu entre les mains. À côté, un enfant est allongé sur un matelas recouvert d’un tissu rouge à motifs. L’enfant porte un haut clair et un pantalon sombre. L’une des jambes de l’enfant est équipée d’un dispositif médical et l’autre jambe présente des blessures visibles. Les pieds sont visibles au premier plan.Des coussins sont disposés derrière l’enfant et le long du mur. Le sol est recouvert de tapis aux motifs variés.

Mahmoud et son père | © T. Nicholson / HI 

La contamination après la guerre

Mahmoud Ali Al Khalaf a 6 ans. Il est originaire d’Al Meriaaya, un village situé à l’est de Deir ez-Zor. Sa famille est rentrée chez elle en juillet 2025, quelques mois après la fin de la guerre civile.

Un mois plus tard, le 13 août précisément, alors que son père était absent, Mahmoud jouait à côté de la maison. Il a ramassé un objet métallique étrange qu’il a pris pour un jouet. C’était une grenade qui lui a explosé dans la main, le blessant également à la jambe.

Le traumatisme physique

Les médecins ont pu sauver sa jambe. Il porte toujours des broches fixées à l’os pour la stabiliser. Mahmoud a dû parcourir 450 km jusqu’à Damas pour recevoir son traitement et il devra encore être opéré. Il a déjà subi trois interventions et chaque déplacement, comme chaque frais médical, représente une lourde charge pour la famille. La première opération a coûté 4 200 euros.

Le traumatisme psychologique

Le traumatisme psychologique subi par Mahmoud et son père, Abu Mohammed Al Khalaf, est profond. Mahmoud est devenu renfermé, timide et irritable. Il passe ses journées absorbé par les jeux sur le téléphone portable de son père. Son père, quant à lui, s’interrompt parfois en parlant, le regard perdu dans le vide.

Abu Mohammed Al Khalaf travaillait autrefois dans une entreprise pétrolière, mais il est sans emploi depuis plusieurs années.

« Je n’ai ni terre ni moutons. J’ai dix enfants. C’est une grande famille à faire vivre. »

Comment reconstruire une famille 

La famille vit désormais dans ce qu’il reste d’une maison en béton, où le vent chargé de poussière fouette la bâche en plastique qui remplace la porte. Des couvertures fournies par l’aide humanitaire bouchent les ouvertures laissées par les anciennes fenêtres.

Après avoir fondu en larmes, Abu Mohammed déclare :

« Après la guerre, je suis retourné chez nous, mais tout avait été pillé et détruit. »

La famille savait que son village était jonché de restes explosifs, car deux maisons voisines avaient été occupées par des soldats. Abu Mohammed explique :

« Quand nous nous sommes réinstallés ici, personne ne voulait venir nous rendre visite parce que tout est contaminé par des restes explosifs. »

Pressé par l’urgence du retour, Abu Mohammed a lui-même tenté de neutraliser certains engins explosifs en les faisant exploser dans un feu. Il se souvient qu’au moins une vingtaine d’accidents impliquant des personnes cherchant à se débarrasser de ces engins se sont produits. Au moins cinq enfants ont été tués.

« Ce quartier est très dangereux pour les enfants, car ils ne savent pas ce qu’ils ont sous les yeux. Ils ne savent pas reconnaître les munitions. Ils pensent que c’est un jouet et s’en servent pour jouer. C’est là tout le problème aujourd’hui. Ce quartier n’est toujours pas sûr pour les enfants. On ne sait jamais où l’on pourrait tomber sur des restes de guerre. Depuis ce qui est arrivé à Mahmoud, je garde les enfants à l’intérieur de la maison. »

Abu Mohammed s’inquiète des conséquences que peut avoir sur son fils le fait de rester constamment à l’intérieur et de jouer sur son téléphone :

« Il faut nettoyer les environs, car on ne peut pas garder les enfants enfermés tout le temps. Ils veulent sortir jouer, et les maintenir à l’intérieur n’est pas une solution à long terme. Ce serait vraiment bien si les alentours de ma maison étaient déminés. Beaucoup de gens ont trop peur de ces restes explosifs pour rentrer chez eux. J’espère que tout cela prendra fin un jour. J’ai fui le conflit pour sauver mes enfants. Quand je suis revenu en sécurité, mon enfant a eu un accident. J’espère que nous pourrons tous retourner vivre dans un endroit sûr et paisible. »

Un bilan national alarmant : En Syrie, la présence de restes explosifs de guerre est omniprésente dans les espaces dont dépendent les civils pour leur vie quotidienne et leur survie. Depuis le 8 décembre 2024, 1 252 incidents liés à ces restes explosifs ont été recensés à travers le pays, faisant 2 263 victimes :
-    800 morts ;
-    1 463 blessés.
Les zones agricoles et de pâturage continuent de représenter la majorité des incidents enregistrés. Cette situation montre à quel point la contamination par les engins explosifs reste étroitement liée à la sécurité alimentaire, aux moyens de subsistance et aux mouvements de population à travers le pays.

Nos actions par pays

RELATIONS PRESSE

CANADA

Alexandra Buskie

Aidez-les
concrètement

Pour aller plus loin

HI a déjà déminé plus de 260 000 m² de terres agricoles au Laos
© Lattikone / HI
Mines et autres armes

HI a déjà déminé plus de 260 000 m² de terres agricoles au Laos

HI démine dans la province de Houaphanh, bombe après bombe.

Victime d’une mine, Imaan retrouve sa mobilité grâce à HI
© T. Nicholson / HI 
Mines et autres armes Réadaptation Urgence

Victime d’une mine, Imaan retrouve sa mobilité grâce à HI

Pour Imaan, jeune bergère blessée par une mine, le retour à la marche se fait progressivement. 

Anatolii se remet de ses blessures grâce à HI
© L. Hutsul / HI
Mines et autres armes Réadaptation Urgence

Anatolii se remet de ses blessures grâce à HI

Anatolii représentait l'Ukraine sur la scène de l’athlètisme international. Depuis une frappe de drone, marcher est devenu un calvaire.