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Maïbata Sané, démineuse : un quotidien entre joie et peur

Mines et autres armes
Sénégal

Maïbata Sané vit en Casamance, au Sénégal, où elle est démineuse chez HI. Portrait d’une femme forte et déterminée, qui s’engage pour un avenir meilleur.

Une femme en tenue de démineuse se tient devant un couloir de déminage marqué par des piquets bleu et rouge, sur un chemin de terre. Derrière, de la végétation luxuriante.

Maïbata Sané s’apprête à commencer le déminage dans son corridor, Sénégal. | © A. Stachurski / HI

Démineuse, une fierté pour ma famille

Maïbata, démineuse pour HI. © A. Faye / HIQuand on vit en Casamance, la menace des mines est omniprésente. Petite, j’ai assisté à deux accidents qui m’ont fortement marquée. La première fois, la victime était un ami de la famille, un vendeur de crevettes qui passait tous les matins à la maison. Un jour, cinq minutes après son départ, on a entendu une explosion. C’était une mine antichar. J’ai vu passer son corps sans vie quelque temps plus tard. Vous imaginez ? Quelqu’un à qui vous avez parlé il y a quelques minutes à peine et que vous voyez maintenant sans vie ?

La deuxième explosion a eu lieu alors que je me rendais aux rizières avec un groupe d’amis. C’était un jour de marché hebdomadaire et un car est passé à côté de nous. Vingt mètres plus loin, il y a eu une explosion provoquée par une mine antipersonnel. Heureusement, l’explosion n’a causé que des brûlures légères dans notre groupe... Tout le monde ici a vécu des histoires similaires. Alors vous savez, dans ma famille personne ne me demande d’arrêter mon travail.

« C’est une fierté pour tout le monde, que l’une d’entre nous se dédie à libérer la terre. »

Le quotidien entre joie et peur

Le déminage, c’est mon premier travail mais je ne savais pas ce que c’était au départ. Quand j’étais étudiante, ma grand-mère gérait une gargote où les équipes de HI se restauraient. C’est elle qui a appris que l’organisation recrutait pour du déminage. J’ai postulé trois fois avant d’être prise. La formation menée par HI a duré 4 semaines, avec une partie théorique et une partie pratique.

Le plus dangereux dans le déminage, c’est quand on travaille sans faire de découverte, car on peut alors penser qu’il n’y a rien. Or, on dit que la première erreur du démineur, c’est aussi sa dernière. L’essentiel, c’est de ne jamais se relâcher, de rester concentrée. C’est pourquoi nous avons besoin des briefings le matin, avec le rappel des règles de sécurité. C’est aussi pour cela qu’il y a des superviseurs et des chefs d’équipe, qui font le tour des chantiers pour vérifier que les procédures sont respectées. 

« J’ai trouvé ma première mine en 2023. Je tremblais comme une feuille ! Parce que dans le déminage, il y a en même temps de la joie et de la peur. Ensuite, ça s’est enchaîné, j’ai découvert d’autres mines. La dernière date d’il y a seulement quelques jours. La zone où on travaille actuellement est dangereuse, il y a des découvertes régulièrement. »

La solidarité au sein de l’équipe est essentielle pour assurer la sécurité. Chez HI, on ne voit pas la différence d’âge ou d’expérience, il y a beaucoup de respect entre nous. Quand on trouve une mine, c’est une victoire commune.

Maïbata et son collègue Idrissa font une pause lors d’une journée de déminage. © A. Faye / HILorsque je fais une découverte, en tant que démineuse de niveau 2, je suis capable d’identifier la munition. Après l’identification, je recule, je ferme le couloir et je fais appel au chef d’équipe. C’est lui qui va informer son supérieur, le chef des opérations. Il prévient les agents de liaison communautaire qui alertent les villageois. Puis, tous les démineurs se replient au niveau de la zone de vie. Si c’est une munition qui n’est pas relevable, on préconise sa destruction sur place.

On était au courant depuis le début que le travail serait difficile, c’est quelque chose qu’on accepte. Je ne regrette pas d’être démineuse, c’est une joie de travailler ici. Je ne suis jamais découragée, parce que c’est vraiment une fierté de faire partie de cette équipe de déminage de HI. J’ai trouvé une deuxième famille.

« Avec le poids de la tenue, le soleil et la visière, c’est dur, mais il y a aussi beaucoup de joie. Parce que tu libères des terres et que tu sauves des vies. Tu permets à la population de retourner chez elle et de travailler ses terres. C’est vraiment une fierté pour moi, en tant que Sénégalaise et en tant que Casamançaise, de libérer ces terres et de permettre à la population d’y retourner. »

La vie après le déminage

Maïbata chez elle, à Ziguinchor. © A. Stachurski / HIBien sûr, c’est un métier qui demande beaucoup de temps et d’investissement. On ne rentre pas tous les soirs chez nous. Parfois, on part trois semaines sur le terrain et c’est difficile, c’est vrai, mais il faut faire des aménagements et ça passe. 

« Parfois, mes enfants appelaient le chef des opérations pour lui demander : « ma maman, elle rentre quand ? » On est en contact avec eux par téléphone. C’est un peu difficile, mais on fait avec. »

Quand j’ai commencé en 2010, j’avais déjà deux garçons. Deux autres sont nés depuis, en 2011 et 2015. Pour concilier ma vie de mère et ma vie de démineuse, le plus important ça a été les moments de partage avec mon époux. J’ai aussi trouvé une aide-ménagère qui habite 4 mois avec nous et j’ai engagé un répétiteur à domicile pour les enfants. Aujourd’hui, il n’y a plus que le petit dernier qui vit avec moi. Mes trois autres garçons sont au village avec mes frères, qui s’occupent d’eux et les éduquent.

Maïbata et son fils, Ousmane. © A. Stachurski / HI« Être démineuse, c’est aussi devoir préparer son avenir proche. Je sais que tôt ou tard, le déminage en Casamance se terminera. D’ailleurs, c’est la prière de tout Casamançais – on ne peut pas continuer à cohabiter avec ces engins. Chaque démineur et démineuse doit se préparer à faire autre chose que du déminage à l’avenir. »

Le monde du déminage est petit et tous ne pourront pas aller déminer dans d’autres pays une fois que le travail sera terminé ici. Si on ne peut pas aller ailleurs, il faut rester chez soi et faire une autre activité. Moi, j’ai lancé un commerce de vente de poissons en parallèle et je mets de l’argent de côté pour déménager et me construire enfin un chez-moi pour y vivre avec toute ma famille.

Le Sénégal estime l’étendue de la contamination liée au conflit en Casamance à 1 200 000 m² de terres, réparties sur cinq départements. En mai 2022, HI a redémarré des opérations de déminage en Casamance, où l’association avait déjà libéré plus de 900 000 m² de terres depuis 2008. Ses deux projets actuels, ARC et BUZA, permettront de remettre à disposition 800 000 m² de terres d’ici à 2025, pour contribuer à réinstaurer la sécurité et la prospérité socioéconomique des communautés dans les régions de Ziguinchor et de Sédhiou.

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