Omaya, enceinte et épuisée par des conflits à répétition
Omaya est handicapée. Enceinte, elle a fui les bombardements à Beyrouth. Sa vie est bouleversée depuis plusieurs années.
Omaya chez elle | © HI
Originaire de Syrie, Omaya, âgée de 28 ans, vit au Liban depuis 2017. Elle vivait à Beyrouth jusqu'à ce que le conflit récent endommage son logement en avril dernier et la force à fuir. Elle vit actuellement avec son mari et son fils dans une petite loge de gardien près d'un camp palestinien, l'une des zones touchées par les frappes aériennes israéliennes sur Beyrouth.
« Notre immeuble a été endommagé pendant la guerre. Ensuite, des personnes bienveillantes nous ont aidés à trouver une petite loge de gardien. Ce n’est qu'une seule pièce, une petite cuisine et une salle de bain. Les conditions de vie sont très difficiles, et nos relations avec le voisinage ne sont pas facile. Financièrement, la vie est extrêmement dure — nous luttons chaque jour pour avoir de la nourriture et le nécessaire. Nous avons un petit enfant qui a besoin de lait et de couches, et nous avons accumulé beaucoup de dettes. À cause de mon handicap, j'ai aussi besoin d'un médicament que je fais habituellement venir de Syrie — il coûte environ 15 USD et ne dure que deux semaines. Même cette grossesse n'était pas prévue, vu notre situation actuelle, mais c'est la volonté de Dieu. »
Être une femme handicapée
Omaya est atteinte d'une dystrophie musculaire héréditaire, une maladie génétique qui entraîne une faiblesse musculaire progressive et un handicap physique. Elle a besoin d'un traitement médicamenteux et de séances de kinésithérapie continus pour préserver sa mobilité et sa force. Sans traitement, son état pourrait s'aggraver considérablement, avec à terme le risque de perdre sa capacité à se tenir debout et à marcher.
Elle est actuellement enceinte de huit mois, un stade qui comporte déjà des risques accrus en raison de son état de santé. Sa précédente césarienne ajoute à ces risques et nécessite un suivi médical rigoureux. Mais en raison des difficultés financières de sa famille, elle n'a pas pu se permettre de suivi prénatal (SPN) et n'a reçu sa première consultation que récemment avec HI :
Avoir accès à de l'aide
En Syrie, elle avait un accès régulier à la kinésithérapie et au médicament dont elle avait besoin pour ralentir la progression de sa maladie. Au Liban, l'accès à ces services de santé essentiels est devenu difficile et inabordable. Elle souffre aussi des regards et du jugement des autres à cause de son handicap.
« Parfois, les gens me jugent à cause de mon handicap. Les gens doutent de ma capacité à être une bonne mère et à pouvoir m'occuper de mon enfant. Ces mots blessent plus que ma maladie. Je veux être vue comme n'importe quelle autre mère. Je rêve d'élever mes enfants sans que l'on me dise que je ne suis pas capable. Les personnes handicapées ont besoin de bienveillance, de dignité et de soutien. Nous avons besoin que les gens croient en nous et nous rappellent que nous avons toujours notre place dans la société. »
HI accompagne les femmes enceintes
Omaya a entendu parler du soutien de HI aux femmes enceintes par sa tante, elle-même handicapée, qui avait auparavant bénéficié des services de HI.
Grâce à l'aide de HI, Omaya a bénéficié gratuitement d'un suivi de grossesse, d'échographies, de séances de soutien psychosocial, de kinésithérapie avec une aide au transport, ainsi que d'un kit de naissance contenant des articles essentiels pour le nouveau-né.
« HI m'a redonné espoir. Le suivi prénatal m'a aidée à suivre ma grossesse en toute sécurité, et le soutien psychosocial m'a permis de me sentir plus apaisée. Recevoir à nouveau des séances de kinésithérapie a changé mon quotidien. Le kit de naissance nous a beaucoup aidés car nous n'aurions pas pu acheter ces articles nous-mêmes. J'en avais vraiment besoin. J'ai senti que quelqu'un se souciait enfin de moi. Cela m'a donné une nouvelle chance dans la vie... Je me suis sentie revivre. »
Le traumatisme des conflits à répétition
Omaya explique que l'impact psychologique des guerres est écrasant :
« La guerre a profondément affecté ma santé mentale. J'avais constamment peur de ne plus pouvoir me procurer mon médicament à cause des restrictions de circulation causées par la guerre. Cette peur restait avec moi chaque jour. Pendant la guerre, je suis devenue dépressive. J'étais constamment anxieuse et effrayée. Mon petit garçon pleurait de peur, et je pleurais avec lui. Le bruit des avions de chasse et des explosions me terrifiait et m'empêchait de dormir correctement. Mon cœur s'emballait, et je n'arrivais pas à m’arrêter de trembler. »
Le bruit des bombardements à Beyrouth a ravivé des souvenirs traumatisants de son enfance en Syrie, lorsqu'elle a été témoin de frappes aériennes près de chez elle qui ont tué des voisins et à des membres de sa famille :
« Pour moi, la guerre n'a été que peur et terreur. J'ai fui la guerre en Syrie en espérant trouver la sécurité au Liban, mais la guerre m'a suivie à nouveau. Ma maison en Syrie a été détruite, et la guerre au Liban a aussi endommagé notre logement ici. Pendant l'escalade, on nous a demandé de quitter l'immeuble où nous travaillions comme gardiens. Pendant un certain temps, mon mari, mon fils et moi n'avions nulle part où aller. Nous avons dormi sous un pont, sur des cartons. Des passants nous ont donné des couvertures et des oreillers jusqu'à ce qu'un parent nous accueille. Chaque jour, je craignais pour mon petit garçon. Je le serrais fort dans mes bras, de peur que l'immeuble ne s'effondre sur nous. Quand l'accord de paix a été signé, j'ai enfin ressenti un peu de soulagement. »