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Horacio, Leonela et Virigilio : histoires de démineurs

Mines et autres armes
Colombie

L'équipe de démineurs | ©Jules Tusseau/HI

Horacio, 43 ans :

« Plus jamais d’enfant ni d’indigène victime de mine »

 « Je viens de la communauté indigène NASA, à Corinto, dans le Cauca. Ma femme, Francy, étudie actuellement. Depuis toujours, j’ai été engagé  dans la défense de mon pays.  J’ai été soldat à Florencia[1] durant huit ans. Les souvenirs de cette période sombre ne me quittent pas. Je me rappelle d’un moment terrible : on devait se presser et se faufiler sous des barbelés, on était poursuivis. Mon ami soldat, qui était près de moi, a mis le pied sur une mine. Elle a explosé. Il était en sang, sa jambe meurtrie. Deux autres soldats derrière lui ont été blessés. Ils ont été transportés en hélicoptère. Mon ami n’a pas tenu le coup, il est décédé en plein vol. Ça a été terrible. On était très proches. Et ça aurait pu être moi. Deux ans plus tard, j’ai atteint mes limites, je n’en pouvais plus. Je suis parti, je me suis marié, et j’ai repris le travail dans les plantations de café.

« Il y a près d’un an, fin 2016,  j’ai postulé pour être démineur avec Handicap International. J’ai vu tant de gens blessés, mutilés par le conflit. Je ne veux plus jamais qu’un enfant ni qu’un indigène soit blessé par une mine. Mon moteur, c’est l’équipe. On est comme une famille, on passe notre vie ensemble. On se réveille à 4h30 et on se couche à 21 heures. On se serre les coudes quand l’angoisse monte, et on se rappelle qu’on fait un beau métier. Mon rêve ? Devenir un jour chef d’une équipe des démineurs ».

 

Leonela, 19 ans,  la benjamine 
« Premier emploi ? Démineuse »   

Leonadia, 19 ans, vient de La Union, un petit village dans le Cauca. Elle témoigne : « Je voulais être indépendante, quitter ma famille, apprendre par moi-même. Je ne connaissais rien aux mines. J’ai postulé pour être démineuse, et j’ai suivi une formation intensive d’un mois. C’est mon premier emploi. On a commencé à travailler sur la zone de La Venta, à Cajibío, en juillet 2017. Je coupe les herbes, je creuse la terre, j’avance progressivement. C’est un boulot physique. Je connais les risques, mais je me dis que ça ira. Partager la cuisine, la tente et les sanitaires durant six semaines n’est pas toujours simple, mais on est comme une famille. Je suis fière de contribuer à la paix de mon pays. Il me manque juste mon copain, mais on s’appelle tous les jours… ».

 

Virgilio, 39 ans, le superviseur « Aider les communautés indigènes à retrouver leurs terres »

Virgilio, 39 ans, a le regard sérieux, fixe et un peu malicieux. Il supervise l’équipe de démineurs de HI dans la municipalité de Cajibío (Cauca, Colombie). Un engagement qui a été une évidence : « J’ai grandi dans un contexte de violences et de tensions, dans un pays explosif. J’ai vu des gens mutilés, meurtris. A deux reprises, ma famille et moi avons été déplacés de force : nous avons dû quitter Medellin, puis Nariño[2]. On avait deux heures pour tout abandonner, notre maison, nos plantations. Nos bêtes qui allaient mourir. Ça a été très dur.  Aujourd’hui, je veux sauver des vies, contribuer à la paix de mon pays. J’ai d’abord travaillé pour une organisation de déminage américaine, et depuis 2017, pour HI. Quand je dis que je suis démineur, on me dit : « Tu es fou ! Tu recherches un engin explosif dans la terre, sans savoir exactement où il se trouve! ». Moi je suis confiant. Le plus dur, c’est d’être séparé de ma femme et de mon fils - je les vois toutes les six semaines. Mais je suis fier de mon travail, et de permettre aux communautés indigènes et aux paysans de retrouver leurs terres ».

 

 

[1] Département de Caquetá.

[2] Département d’Antioquia.

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