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Un désastre humanitaire sans fin

Urgence
Territoire Palestinien Occupé

Anne-Claire Yaeesh, directrice de HI en Palestine, revient sur la situation humanitaire indescriptible à Gaza et en Cisjordanie.

Un homme visiblement âgé est assis dans un fauteuil roulant. Une dame assise en face de lui sur une chaise lui pose un bandage sur le moignon en lui tenant la jambe.

Fayez a été blessé par un engin explosif alors qu'il retournait vers sa maison après un bombardement. | © Khalil Nateel / HI

Quelle est la situation à Gaza six mois après le début de l’accord de cessez-le-feu ? 

La situation humanitaire à Gaza reste extrêmement préoccupante. L’aide humanitaire qui parvient sur le territoire est loin d’être suffisante. Le 28 février, à la suite de l’escalade régionale, les autorités israéliennes ont fermé tous les points de passage vers la bande de Gaza. Seuls quelques camions des Nations unies et d’ONG internationales parviennent à entrer, alors qu’il faudrait au moins dix fois plus d’aide pour faire face à l’ampleur de la crise. Les camions commerciaux et privés sont eux autorisés à entrer. 

Dans le même temps, l’accord de cessez-le-feu est violé quotidiennement. Des bombardements continuent de frapper des zones civiles densément peuplées presque tous les jours, ce qui entraîne des déplacements forcés répétés et des entraves persistantes à l’aide humanitaire. Depuis l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre dernier, 649 Palestiniens ont été tués lors d’opérations militaires israéliennes à Gaza, selon le ministère palestinien de la Santé, portant à 72 134 le nombre de Palestiniens tués depuis octobre 2023. 

Dans notre cas, il n’y a eu aucune amélioration. Aucun de nos camions n’a été autorisé à entrer à Gaza depuis mars 2025. Le personnel international de HI n’est plus autorisé à entrer à Gaza pour le moment. Cela limite considérablement notre capacité à répondre aux besoins croissants de la population. 

La situation est-elle différente en Cisjordanie ? 

La violence se poursuit en 2026, avec de nouveaux meurtres liés aux attaques de colons et à des incursions militaires israéliennes incessantes. Rien qu’en 2025, l’OCHA (Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies) a recensé plus de 1 770 attaques de colons ayant fait des victimes ou causé des dégâts matériels dans plus de 270 localités. Cela représente environ cinq incidents par jour. Plus de 900 Palestiniens ont été déplacés de force au début de l’année 2026, souvent en raison de violences commises par des colons ou de restrictions d’accès. Des centaines de maisons et de bâtiments ont été démolis, et des centaines de personnes ont été déplacées et expulsées de force, en particulier à Jérusalem-Est. 

Les autorités israéliennes ont également multiplié les postes de contrôle militaires, les barrages routiers et les barrières, qui isolent les communautés les unes des autres, restreignant l’accès aux soins de santé, aux écoles, à l’acheminement de l’aide humanitaire, aux terres agricoles et aux emplois, entre autres besoins et services fondamentaux. 

Comment HI travaille-t-elle auprès des plus vulnérables, notamment les personnes handicapées en Palestine ? 

Les besoins sont immenses. La quasi-totalité de la population de Gaza, soit plus de 2 millions de Palestiniens, a besoin d’aide humanitaire. Selon l’Organisation mondiale de la santé, au moins 42 000 personnes à Gaza ont été blessées et ont un handicap permanent, et plus de 5 000 amputations ont été recensées. 

La réadaptation représente un défi majeur. À Gaza, on ne compte que huit spécialistes en prothèses et orthèses pour l’ensemble de la population. Notre équipe compte l’un de ces spécialistes, et ensemble, ils peuvent aider une dizaine de personnes par jour pour la pose, l’ajustement ou l’évaluation de prothèses. 

À Gaza, les déplacements massifs de population, les dégâts causés aux infrastructures et l’accès limité à l’aide humanitaire ont créé des besoins critiques en matière d’hygiène et de soins de santé. Les maladies d’origine hydrique et la polio menacent la santé publique. La gestion des décombres, contaminés par des munitions non explosées et des vestiges de guerre, est un défi colossal. 

Dans un contexte comme celui de Gaza, avoir un handicap rend la survie encore plus difficile. Les personnes handicapées sont confrontées à d’importants obstacles en situation d’urgence. Par exemple, il n’existe pas de systèmes d’alerte adaptés aux personnes sourdes ou malvoyantes, l’évacuation pendant les bombardements peut devenir impossible pour les personnes à mobilité réduite. Nous enseignons aux populations, y compris aux personnes handicapées, comment réagir de manière appropriée en cas de bombardements ou de tirs d’artillerie. 

Pendant ce temps, en Cisjordanie, la violence des colons s’intensifie et les restrictions de circulation accrues, telles que les postes de contrôle militaires, rendent la vie des Palestiniens extrêmement difficile. 

Selon les estimations de l’ONU, environ 1,2 million de personnes en Cisjordanie ont besoin d’une aide humanitaire, notamment en matière d’hébergement d’urgence, de sécurité alimentaire et d’aide juridique après des démolitions ou des déplacements. Le traumatisme subi par les populations confrontées à la violence, à la destruction de leurs biens et aux déplacements forcés est immense. 

Avez-vous vu le nettoyage des débris commencer ? 

Cela est impossible en raison de la contamination par des restes explosifs de guerre et de la nécessité de recourir à des engins lourds dont les Palestiniens ne disposent pas. 

Les sessions de sensibilisation aux risques liés aux restes explosifs de guerre sont essentielles en raison de la présence de bombes enfouies sous les décombres. Les enfants sont particulièrement vulnérables, car ils peuvent ramasser des objets inconnus sans se rendre compte du danger. 

Quel serait l’impact de la décision israélienne d’interdire 37 ONG de travailler en Palestine ? 

Cette décision créerait une lacune considérable dans l’action humanitaire. Les ONG internationales jouent un rôle essentiel à Gaza et dans l’ensemble du territoire palestinien occupé. Elles gèrent ou soutiennent environ 60 % des hôpitaux de campagne et fournissent une grande partie de l’aide médicale et psychologique aux blessés. Elles mettent également en œuvre près des trois quarts des activités liées à l’hébergement et aux articles non alimentaires, et prennent en charge les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère. 

De plus, les organisations internationales couvrent plus de la moitié du financement total consacré à la neutralisation des engins explosifs et gèrent ou soutiennent environ 30 % des activités éducatives d’urgence. 

Aux côtés de 16 autres ONG parmi les 37 auxquelles les autorités israéliennes ont ordonné de cesser leurs opérations, HI a contesté ces mesures devant la Haute Cour d’Israël. La décision de la Cour est toujours en attente à la fin du mois de mars. Nous restons déterminés à venir en aide à des millions de personnes dans le besoin. 

Est-ce que la situation au Moyen-Orient complique le travail de HI ? 

Oui, tout à fait. La situation en Cisjordanie se détériore également, avec une recrudescence des violences commises par les colons et un durcissement des restrictions de circulation. Cela affecte l’ensemble du contexte humanitaire dans les territoires palestiniens occupés. 

Parallèlement, Gaza est directement touchée en raison de la fermeture des principaux points de passage pour l’aide humanitaire. Rafah, fermé depuis un an, pourrait rouvrir le 18 mars, mais de manière partielle. Un autre défi réside dans le fait que l’attention internationale s’est détournée de Gaza, alors même que les besoins humanitaires y restent extrêmement urgents. 

Je pense à nos collègues au Liban, où l’escalade de la violence au cours des deux dernières semaines a provoqué des déplacements massifs de population. Les bombardements et les tirs d’artillerie dans les zones peuplées de Beyrouth et du sud du Liban, les violations du droit international humanitaire et le fait que les professionnels de santé soient pris pour cibles me touchent particulièrement. 

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