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Maroc : « Les livres et cahiers des enfants étaient éparpillés sur les décombres »

Urgence
Maroc

Mohamed vit à Amizmiz, près de l’épicentre du séisme qui a frappé le Maroc. Quelques semaines après la catastrophe, il raconte comment la solidarité s’organise pour faire face à cette crise inédite.

Prise de vue d'un douar, situé à Amizmiz dans la province d'Al Haouz, touché par le séisme qui a frappé le Maroc le 8 septembre 2023.

Prise de vue d'un douar, situé à Amizmiz dans la province d'Al Haouz, touché par le séisme qui a frappé le Maroc le 8 septembre 2023. | © Mohamed Itouhar / HI

Mohamed Itouhar, très engagé dans la vie associative marocaine et proche d’un membre de l’équipe HI au Maroc, est natif de la province d’Al-Haouz où se situe l’épicentre du tremblement de terre qui a secoué le Maroc dans la nuit du 8 septembre. Sa famille et lui ont vécu le séisme alors qu’ils étaient en voyage sur la côte Atlantique ; ils sont sains et saufs, mais l’émotion reste vive devant l’ampleur des dégâts et la détresse de la population. Il raconte comment les communautés s’organisent pour faire face aux enjeux qui s’imposent à elles.

Une catastrophe d’une ampleur inédite

Chaque jour, nous adressons nos pensées à celles et ceux qui ont quitté cette vie et à tous les survivants blessés et touchés par ce drame. Cette nuit-là, nous étions en voyage dans la province d’Essaouira avec ma femme, près de la côte. Mon fils a participé à une collecte de données dans la région, nous avions décidé de passer la nuit dans une petite maison de pêcheurs tout près de l’océan. 
Le destin, lui, a décidé d’écourter notre séjour. 

Lorsque le séisme est arrivé, c’était comme être sur la branche d’un arbre sur laquelle souffle un mauvais vent. Les murs bougeaient très fort, tremblaient, allaient et venaient, on attendait de voir s’ils se stabiliseraient pour savoir si nous serions toujours de ce monde. Les minutes qui ont suivi tout s’est arrêté, il n’y avait plus de courant et tous les moyens de communications étaient coupés. C’est là que les questions arrivent, que l’on se demande si nos proches sont sains et saufs ; sans solution pour en avoir le cœur net, l’inquiétude était profonde.

Nous sommes partis tard dans la nuit, dès que nous l’avons pu, pour rentrer chez nous, près d’Amizmiz, non loin de l’épicentre du séisme. Nous sommes arrivés là où les habitations se sont écroulées sur les habitants, je ne trouve pas les mots pour décrire ce que nous avons ressenti. On voyait les gens, nos voisins, chercher leurs proches et l’on pensait à combien de temps ils mettraient pour réussir à leur venir en aide. Nous nous sommes réfugiés dans un endroit sûr, et nous avons constaté que toute la famille élargie allait bien. C’était un grand soulagement, nous n’avons perdu personne, seulement nos biens et nos maisons. La communauté s’organisait déjà pour venir en aide aux personnes qui en avaient besoin, j’ai ressenti une grande fierté en voyant la rapidité avec laquelle la solidarité a pris place mais il est très difficile de consoler les gens. Les habitants se fondaient sur la connaissance qu’ils avaient de la communauté, ils savaient que dans telle ou telle maison, il y avait tant de personnes qui vivaient ; c’est comme ça qu’ils ont pu retrouver des survivants au début. C’est très compliqué à décrire, c’était un moment suspendu, nous craignions les répliques. C’est la plus grande crainte après un séisme de cette ampleur, les répliques sont plus fréquentes et intenses lorsque l’on est proche de l’épicentre. 

J’y suis retourné il y a quelques jours, nous avons assisté à l’extraction des dernières victimes qui étaient toujours sous les décombres, plus d’une centaine de personnes ont péri. C’était comme traverser un champ de guerre, même si certaines habitations sont toujours debout elles semblent avoir été mitraillées, les cahiers et les livres des enfants qui ont péri étaient éparpillés sur les décombres. Ces scènes m’ont beaucoup marqué.

Maintenant, il faut que les gens réalisent ce qu’il s’est passé pour faire leur deuil et penser aux défis qui nous attendent. C’est un vrai désastre. 

Organisation de l’aide et enjeux à court terme

Au début tout le monde a réagi très rapidement, les habitants se sont mobilisés tout de suite et l’aide des autorités s’est mise en place dans la foulée. Il y a eu beaucoup de réactivité, dès les premiers instants. Aujourd’hui, les gens sortent petit à petit de l’émotion, ils retournent à la réalité et se demandent comment gérer la suite. Il y a les questions liées à l’hiver qui approche et aux reliefs de la montagne qui posent des difficultés pour l’acheminement et l’organisation de l’aide. 

Dans notre région, les besoins ont très vite été évalués pour apporter l’aide la plus adaptée : que faut-il pour les jeunes, quels sont les soins nécessaires, qui a besoin d’aller à l’hôpital en urgence… Tous les collégiens et lycéens ont été transférés à Marrakech pour poursuivre l’école à l’internat. Pour les plus jeunes qui sont en primaires, les autorités ont mis en place des classes dans des champs près des villages, sous des tentes. 

Au niveau des communautés, certains groupes se sont rassemblés et mettent en place une vie communautaire dans laquelle tout le monde trouve sa place pour aider les autres. Nous vivons tous ensemble, cette organisation prend ses racines dans les valeurs de la société marocaine et cela nous rapproche beaucoup. Il est plus facile d’aider une communauté soudée qu’une communauté éparpillée, mais nous entrons dans un mode de vie inhabituel pour la région. D’habitude, on utilise les tentes pour la transhumance et celles qui sont utilisées pour le moment ne sont pas adaptées pour l’hiver, où les températures atteignent les -3 ou -4 degrés. Elles ne supporteront pas la neige et nous n’en avons pas assez, cela doit être une priorité. 

À notre échelle avec notre fondation, la Fondation du Grand Amizmiz pour la Formation, les Etudes et le Développement (FAGFED), nous accompagnons les enfants pour surmonter leurs traumatismes. C’est très difficile pour eux de retourner directement vers l’apprentissage à l’école, il faut soulager le grand stress qui les bloque et c’est pour cela que nous organisons des activités sportives, artistiques, humoristiques… 

Quelques semaines après le séisme, il y a toujours des efforts à fournir pour coordonner l’aide, tout le monde veut intervenir au même moment et l’on risque de bloquer les accès sur des routes de montagne déjà difficilement accessibles ou d’oublier certaines localités. C’est une crise inédite pour nous, le dernier séisme de cette ampleur date des années 60, nous ne pouvons pas nous appuyer sur une expérience concrète pour être efficace dans ce contexte. Tout est une première fois dans le déploiement de la réponse, mais l’espoir est très ancré chez les gens. Dans la région, il y a beaucoup de sécheresse et l’eau est très rare, après le séisme, certaines sources se sont taries mais d’autres ont jailli là où il n’y avait plus rien. 
C’est comme si l’eau avait jailli de nouveau pour redonner un espoir, c’est quelque chose qui a marqué les communautés.

Être orienté vers l’avenir

Maintenant nous devons nous projeter vers l’avenir même si nous savons que la reconstruction prendra du temps. Ce drame, j’ai le sentiment fort qu’il nous a redirigés vers une réflexion et une gestion commune de notre territoire. Nous nous organisons tous pour transformer les défis en opportunités, cela nous rend fiers.

Le vrai espoir, ce sont les jeunes et les habitants du territoire, ce sont eux qui connaissent les besoins réels. Les jeunes qui vont à l’université ont un rôle à jouer pour que nos réactions soient plus adaptées à l’avenir. Le béton n’a pas tenu face au séisme ? Repensons nos approches antisismiques, la construction de nos maisons et l’aménagement de nos villages, tout en gardant l’authenticité du paysage marocain dans nos montagnes. Les ingénieurs doivent étudier les matériaux pour voir leur réponse à une telle catastrophe, nous devons aller plus loin et rebondir. 
 

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