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Redonner espoir aux personnes mutilées par la guerre

Mines et autres armes Réadaptation
Syrie

Pour la Journée mondiale de l'humanitaire, le 19 août, hommage aux travailleurs humanitaires, Yeti, orthoprothésiste, parle de son travail et de son quotidien en Syrie :

Yeti au centre orthoprothésiste

Yeti au centre de prothèse et d'orthèse de l'hôpital de Raqqa | © Tom Nicholson / HI

Yeti Niraula travaille dans le Nord de la Syrie depuis janvier 2023. Basé à Raqqa, il est responsable technique senior pour la production et la pose de prothèses et d’orthèses.

Jour 1

Aujourd’hui, 1er juillet 2026, je me suis rendu à l’hôpital national de Raqqa, situé dans le centre-ville.
Comme d’habitude, j’ai retrouvé mon équipe et j’ai pris connaissance du programme de la journée. La journée était très chargée ; j’ai rencontré huit bénéficiaires qui se trouvaient à différentes étapes de leur parcours de soins : certains commençaient leur protocole d’exercices pour utiliser leur prothèse, d’autres l’avaient terminé, d’autres encore étaient en phase d’évaluation.

Il y avait notamment Sida, une fillette de 12 ans, amputée de deux jambes au niveau du genou à la suite d’un bombardement en 2016. Originaire de Deir ez-Zor, elle a été équipée, il y a un an et demi, d’une paire de prothèses courtes, appelées « stubbies ».

 

Photo : Sida à l’hôpital national de Raqqa pendant ses essais de prothèses © HI

Cette fois-ci, on lui a posé de longues prothèses dotées d’articulations de genou améliorées, ce qui lui a permis de se rapprocher de sa taille réelle. Après une semaine de séances d’entraînement, une dernière séance consacrée à la marche a eu lieu aujourd’hui, et elle a enfin pu marcher la tête haute, en utilisant ses deux articulations de genou et en adoptant une démarche plus naturelle. C’était merveilleux de la voir si radieuse et heureuse. Je lui ai demandé : « Es-tu heureuse ? », et elle m’a répondu : « Oui ! » Ce fut un moment vraiment formidable. 

Photo : Yeti et un membre de son équipe à l’hôpital de Raqqa © Tom Nicholson / HI

Jour 2

Aujourd’hui, nous avons posé une prothèse à Nazah, une adolescente de 16 ans née avec une malformation aux deux jambes, qui s’apparente à une amputation complète du pied. Après quelques jours d’entraînement, elle a reçu aujourd’hui sa prothèse et marchait si bien que le bonheur se lisait dans ses yeux. Personne n’aurait pu deviner qu’elle portait des prothèses. Cela a été possible grâce aux nombreux suivis effectués par l’équipe de HI, notamment pour ajuster l’alignement du pied et gérer la pression et la douleur qu’elle ressentait pendant l’entraînement à la marche.

Le manque de technologie en Syrie peut avoir un impact considérable : pour Nazah, nous avons utilisé une prothèse comportant un bloc en bois façonné pour s’adapter à l’emboîture (la partie qui s’emboite dans le membre) et se fixer au pied à l’aide de colle. Obtenir un alignement parfait est un véritable défi. Au final, nous lui avons remis la prothèse qui lui permet de très bien marcher.

Photo : Nazah avec un prothésiste de l'hopital de Raqqa © HI

Jour 3

Aujourd’hui, nous avons commencé avec l’entraînement à la marche avec un patient. Avant de commencer à marcher, nous avons organisé des séances d’appui au sol afin que son membre s’adapte à la prothèse. Mais la première séance a été un peu difficile pour lui en raison de ses cicatrices situées à la base du moignon, au niveau de l’os. Il a développé une ampoule et ressentait une certaine douleur, ce qui nous a obligés à interrompre l’entraînement pour la journée. C’est l’un des défis majeurs : les bénéficiaires présentant un moignon complexe doivent faire preuve de patience, et il est essentiel qu’ils supportent la gêne ressentie. Parallèlement, ces personnes arrivent avec l’espoir de pouvoir vite remarcher… Ce patient vient de loin, de la ville de Kobani. La distance constitue un autre obstacle majeur pour ces personnes, affectant l’accès aux services et entraînant des frais de déplacement et un surcroît de temps.

Je me dis parfois que ce serait formidable s’il existait des structures d’hébergement au sein même de l’hôpital pour ces personnes, afin qu’elles puissent terminer leur formation dans les délais prévus. De nombreuses formations ont dû être écourtées en raison de ces problèmes.

Jour 4

Aujourd’hui, j’avais prévu une séance d’entraînement à la marche avec deux bénéficiaires, tous deux amputés sous le genou et présentant des moignons complexes : une courbure importante, des cicatrices adhérant à l’os et des moignons très courts. Cette situation représentait un défi de taille pour l’ajustement de la prothèse. Nous avons conçu une prothèse dotée d’articulations externes et de barres afin qu’elle puisse s’appuyer sur la partie fémorale, ce qui lui confère une grande stabilité.

L’un d’entre eux est un homme de 65 ans qui suit un programme d’entraînement à la marche depuis deux semaines. Je me souviens que lorsque nous avons pris ses mesures, nous lui avons expliqué ses complications et lui avons également demandé quelles étaient ses attentes. Il a répondu qu’il souhaitait pouvoir se déplacer chez lui. Nous lui avons répondu que nous ferions de notre mieux, même si son état posait certaines difficultés.

Aujourd’hui, après deux semaines, il est capable de marcher à l’aide d’une canne et a fait des progrès en matière d’équilibre. Malgré plusieurs difficultés telles que des points de pression, des ampoules et des douleurs, il a persévéré et est désormais capable de marcher, du moins sur une surface lisse. Nous prévoyons de lui remettre sa prothèse définitive la semaine prochaine.

 

Photo : Un homme de 65 ans avec une amputation en dessous du genou © HI

Jour 5

26 juillet 2026. Il s’agit du même patient qu’hier. On constate un relâchement accru de l’emboîture dû à une diminution du volume de son moignon ; une couche supplémentaire de chaussette en coton pour moignon a donc été ajoutée. Nous avons décidé de refaire le moulage de son manchon avant de lui remettre la prothèse définitive.

Il s’agit là d’un des défis courants pour les nouveaux utilisateurs, ce qui allonge la durée de l’adaptation à la prothèse et alourdit les dépenses à leur charge — qu’il s’agisse des frais de déplacement, d’hébergement ou de tout autre coût personnel engagé par les bénéficiaires pendant les séances de traitement.

Jour 6

Un bénéficiaire s'est présenté au centre aujourd’hui. Il avait reçu une prothèse en 2019. Après toutes années, il est venu au centre pour la faire réparer mais nous a expliqué qu'il ne l'utilisait plus car il souffrait de douleurs intenses au niveau du moignon. Après une évaluation très rapide, nous avons constaté que la réaction à la palpation du moignon ne correspondait pas à ses déclarations : bien qu’il ait indiqué un score de douleur de 80 à 90 %, ses expressions faciales n’étaient pas très convaincantes. Nous avons planifié quelques séances de gestion de la douleur. Mais il se pourrait que cette douleur soit d’origine psychologique.

Jour 7

La semaine est déjà terminée. Nous avons reçu une vingtaine de personnes ayant des besoins variés, et nous avons fait tout notre possible pour les aider du mieux que nous pouvions. Le week-end, j’ai du temps pour moi, mais je dois respecter certaines règles pour ma propre sécurité.

En dehors de mon travail à Raqqa, je passe la plupart de mon temps à la maison d’hôtes à discuter avec mes collègues, à cuisiner, à regarder des podcasts et, surtout, à prendre des nouvelles de ma famille. Les restrictions de déplacement ont été récemment assouplies en raison d’un changement de contexte. Je me souviens de l’époque où, pour me rendre au bureau depuis la maison d’hôtes – un trajet d’environ deux minutes à pied –, on utilisait les voitures de service.

En semaine, je passe la majeure partie de mon temps avec mes collègues, en particulier ceux de l’équipe de réadaptation. Mon équipe m’a même donné un nom arabe : « Abu Dua ». Parfois, le week-end, je me rends avec d’autres collègues dans un endroit tout proche appelé « le château de Jabar » ; il se trouve au bord du lac de Tabqa et c’est un endroit formidable à visiter, surtout en été. Comme il n’y a pas grand-chose à faire à Raqqa, les restrictions de déplacement à pied ont un impact significatif, notamment sur la santé et le niveau de stress. Je parviens néanmoins à m’en sortir grâce au soutien de mes merveilleux collègues et de ma famille.

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