Urgence Vénézuéla : recenser les besoins pour apporter une réponse efficace et inclusive
Au Vénézuéla, HI est à pied d’œuvre pour coordonner la réponse humanitaire inclusive et permettre à chaque personne de recevoir l’aide dont elle a besoin.
Mission d’évaluation des besoins à La Guaira quelques jours après la catastrophe. | © A. Jota / HI
Rendre compte de la situation et des besoins réels
Plusieurs milliers de bâtiments effondrés ou endommagés, plus de 2 200 personnes mortes et 11 200 personnes blessées, près de 12 700 personnes désormais sans abri – le double séisme au Vénézuéla a provoqué une véritable crise humanitaire. Face à l’ampleur du désastre, il est crucial de recenser les besoins des personnes sinistrées et de recueillir les informations nécessaires à une réponse coordonnée et efficace.
Ce travail d’identification des besoins mené actuellement par HI est une étape essentielle, qui doit être réalisée systématiquement et avec précision. En effet, quand elles se rendent dans des abris d’urgence, les équipes de l’organisation constatent très souvent un manque d’organisation qui ne permet pas d’aider réellement les personnes affectées.
« Beaucoup de matériel est distribué, mais de manière inadaptée. Hier j’étais dans un centre où les personnes me disaient qu’elles n’avaient plus besoin de vêtements, elles croulaient déjà sous les t-shirts et les pantalons. Par contre, il leur manquait cruellement des sous-vêtements. Ça montre bien qu’il faut que la réponse humanitaire soit coordonnée et qu’il faut absolument écouter les personnes, ce sont elles qui savent de quoi elles ont besoin, » explique Yohanna Talloli, spécialiste d’action humanitaire inclusive de HI à Caracas.
Mettre l’inclusion au cœur de la réponse
Lors des différentes missions d’évaluation menées à La Guaira, les équipes de HI ont constaté que les centres d’accueil d’urgence ne sont pas accessibles aux personnes qui utilisent des fauteuils roulant sou des béquilles, ni aux personnes sourdes ou aveugles. « Les salles de bains sont inadaptées, trop étroites ou mal aménagées, les accès sont surélevés ou encombrés, les espaces toujours très bruyants… Il y a beaucoup de travail pour rendre ces abris véritablement inclusifs, pour en faire des refuges sûrs pour tous et toutes, » précise Yohanna.
Par ailleurs, dans le chaos qui a suivi les séismes, beaucoup de personnes handicapées ont perdu leurs béquilles, leurs cannes, leurs déambulateurs ou leurs fauteuils roulants. Nombreuses ont également perdu leurs documents d’identité, notamment leur certificat de handicap.
HI veille à recueillir ces besoins pour que les personnes handicapées soient incluses dans la réponse d’urgence. En effet, certaines personnes de bonne volonté ne sont pas familières du handicap, aussi la présence de spécialistes comme Yohanna est nécessaire :
« Hier, j’ai parlé avec une dame qui me disait qu’elle avait pris en charge un groupe d’une quarantaine d’enfants. Lorsque je suis arrivée sur place, ce n’étaient pas des enfants mais bien des adultes, qui avaient le syndrome de Down. Cette méconnaissance, si elle n’est pas identifiée et palliée, risque d’occasionner une aide très, très excluante. »
Apporter l’expertise de HI
HI est l’une des seules organisations au Vénézuéla à avoir une expertise en réadaptation physique et fonctionnelle d’urgence, un domaine dans lequel les besoins sont immenses pour accompagner toutes les personnes blessées dans la catastrophe, que ce soit dans les hôpitaux ou dans les communautés, pour prévenir les handicaps à long terme.
« Il y a aussi un grand besoin en aides techniques à la mobilité – fauteuils roulants, cannes, béquilles,… Nous avons recensé ce qu’il manquait pour pouvoir fournir au plus vite ces équipements, en prenant bien en compte le contexte des personnes. Par exemple, pour une personne vivant en zone rurale avec des chemins boueux et accidentés, un fauteuil roulant n’est pas ce qu’il y a de plus adapté, » précise Yohanna.
De plus, HI s’organise pour répondre aux besoins en santé mentale, avec notamment une expertise en handicap intellectuel, autisme et neurodivergence pour pouvoir accompagner tout le monde, sans exception. Yohanna explique :
« Il y a beaucoup de psychologues au Vénézuéla mais très peu savent prendre en charge des personnes qui présentent ce type de différence. J’ai rencontré certains psychologues dépêchés dans les abris qui ne savaient pas prendre en charge des personnes autistes en situation de stress émotionnel intense. »
Pour organiser sa réponse, HI est en contact permanent avec les organisations de personnes handicapées, notamment au travers de l’organisation ombrelle Conapdis, le conseil national du handicap au Vénézuéla.
Penser le long terme
Il est par ailleurs crucial de penser dès à présent à une réponse durable. De fait, les bâtiments qui se sont effondrés ne seront pas reconstruits en quelques mois et il n’y a pas assez de centres d’hébergement d’urgence pour toutes les personnes sinistrées.
« Les centres d’hébergements d’urgence vont peut-être devoir se transformer en centre d’accueil à plus ou moins long terme, avec tous les nouveaux besoins que cela crée en matière d’accès à l’assainissement et à l’hygiène, aux soins de santé, à l’éducation... Il faut prendre tout cela en compte dans la préparation de la réponse et anticiper les nouveaux risques que la précarité et la promiscuité peuvent occasionner. Des personnes qui ne se connaissent pas vivent désormais ensemble, femmes, hommes et enfants mélangés. Il n’y a plus d’intimité et il faut être très attentif, notamment protéger les femmes et les enfants de potentielles agressions, » indique Yohanna.
Elle poursuit : « Notre pays vivait déjà une situation compliquée et beaucoup de secteurs comme celui de la santé étaient en crise. Comment allons-nous faire face à la situation à long terme si l’attention du monde se détourne après quelques semaines ? Mardi je suis allée à El Juinquito, une zone en périphérie de Caracas. Là-bas, trois écoles s’étaient effondrées. Comment tous ces élèves vont-ils faire à la rentrée pour reprendre les cours ? Il faut vraiment penser aux conséquences structurelles de la catastrophe et commencer à anticiper la reconstruction à long terme. »