Aber, démineuse en Syrie: «chaque mine retirée est une graine d’espoir »
À Idlib, en Syrie, les mines menacent la vie de la population. Abeer s’engage pour déminer le territoire et permettre aux habitants de vivre en sécurité.
Abeer Ghonaimi, démineuse en Syrie à Idlib | © HI
Après 13 ans de conflit armé, la Syrie est l’un des pays les plus touchés au monde par les restes explosifs de guerre. Ils sont enfouis dans les champs, aux abords des routes ou à proximité des habitations et continuent de blesser et de tuer des civils. Pour de nombreuses familles, les gestes du quotidien - cultiver la terre, se déplacer librement ou laisser les enfants jouer dehors – sont devenus dangereux.
Dans ce contexte, le déminage est bien plus qu’une nécessité: il permet aux populations de reconstruire leur vie. C’est pour contribuer à la reconstruction de la société syrienne qu’Abeer a décidé de devenir démineuse.
Une vocation née des réalités quotidiennes
Abeer a 35 ans et est mère de quatre enfants. Originaire de la ville d’Idlib, elle a travaillé pendant quatre ans dans l’équipe de sensibilisation aux risques liés aux engins explosifs pour HI en Syrie. Elle participait également à des activités de soutien psychosocial et de santé communautaire.
En contact avec les communautés, elle a été témoin des conséquences dramatiques des explosions de mines et des restes explosifs de guerre dans son entourage. C’est ce qui l’a motivée à se former au déminage, avec l’objectif de libérer les terres contaminées et de permettre aux populations de vivre en sécurité.
« J’ai choisi de devenir démineuse parce que j’ai vu les conséquences de ces accidents: un enfant qui avait perdu son bras et un jeune homme qui voulait simplement cultiver sa terre qui en a été victime », témoigne Abeer.
Un métier demandant de la rigueur
En janvier dernier, Abeer a suivi une formation au déminage organisée par HI. Elle a appris à reconnaître les différents types de restes explosifs de guerre, à utiliser les équipements de protection, à manipuler les outils de manière sécurisée et à suivre toutes les procédures d’une opération de déminage.
Depuis mars, Abeer participe aux enquêtes non techniques : cette étape, préalable au déminage en tant que tel, consiste à recenser les zones contaminées, à recueillir les témoignages des habitants et à définir les zones prioritaires d’intervention. Très prochainement, elle rejoindra une équipe de déminage déployée sur le terrain.
« Chaque mine retirée est une graine d’espoir »
Le déminage est un travail exigeant et risqué. Pourtant, Abeer reste très déterminée. Pour elle, c’est une mission essentielle pour l’avenir de son pays: chaque mine qui a été retirée signifie qu’une famille pourra revenir chez elle, qu’un agriculteur pourra cultiver sa terre et que des enfants pourront à nouveau jouer en toute sécurité.
« Retirer une mine, ce n’est pas seulement retirer un morceau de métal, c’est planter une graine d’espoir et de sécurité dans un sol qui était autrefois contaminé par la peur et la mort », confie Abeer
De plus en plus de femmes engagées pour la reconstruction du pays
Sa famille soutient son engagement, convaincue de l’importance de sa mission.
Dans sa ville, même si les femmes qui travaillent dans le déminage restent encore peu nombreuses, la situation évolue progressivement et elles sont de plus en plus nombreuses à s’engager dans ce domaine. Pour Abeer, reconstruire la Syrie ne signifie pas seulement rebâtir des maisons ou réparer des routes. Il faut aussi rendre les terres sûres pour que les populations puissent y vivre en sécurité.
« Le véritable retour après des années de conflit ne signifie pas simplement revenir à un endroit, mais retrouver une vie sûre. Un pays ne peut pas être reconstruit sur une terre contaminée par la peur et la mort », explique Abeer.